Hier soir, j'ai mangé un gros morceau de nostalgie à l'angoisse. Il est venu chez moi, là où il n'a jamais voulu habiter. Celui pour qui je n'ai jamais été assez bien. Il a l'âge de mon frère et mes amis voudraient bien, elles aussi, goûter à l'angoisse. Il ne m'a pas prise par la main pour m'emmener visiter un monde dans lequel on s'oublie. Mais il était là. Là si loin. Derrière ses lunettes teintées, il était là. Le sourire découpé comme le corps, secret et intouchable derrière les verres bleutés.
À un moment j'ai voulu l'embrasser. Prendre ses lèvres entre mes lèvres, puis entre mes dents, goûter sa salive chaude. Mordre le charnu de sa bouche comme cette fois où il m'avait dit : Tu embrasses bien aujourd'hui. Où cette autre fois où il était camouflé de barbe. Envahir le passé, car dans le présent je n'existe pas longtemps sans fuir. Être là où ses silences étaient miens, être l'angoisse que j'avais encore au bord des lèvres. Et dans l'instant ou mon seul désir était d'habiter sa bouche, une boule, ma boule d'angoisse c'est logé en moi, devenant plus grosse, plus le chemin parcouru était long. J'aurai voulu l'embrasser mais il n'aurait pas accepté. Pas par dégoût, mais parce que lui, il connaît le présent. J'aurai voulu habiter la nostalgie sans aucune retenue et ne rien devoir à personne, mais lui, il sait.
Pas moi. Pas toujours. Sa voix. Répétition en moi. Sa voix encore. Lui qui n'est pas aucun autre. Lui pour qui je ne serai jamais assez. Lui, pour qui j'ai cessé de me battre. Encore. Sa voix, salive, chevelure, peau, armure, douceur, folie : chaude. Et moi, qui regardait la vitre de ses lunettes en ne sachant pas si lui, ou pas. Encore. Et dès lors l'absence contre le mur de ma porte. L'absence avec un reste de frottement contre mon chandail. Encore. Hier soir, j'ai mangé sans y toucher un gros morceau de nostalgie avec un arrière goût d'angoisse.
À un moment j'ai voulu l'embrasser. Prendre ses lèvres entre mes lèvres, puis entre mes dents, goûter sa salive chaude. Mordre le charnu de sa bouche comme cette fois où il m'avait dit : Tu embrasses bien aujourd'hui. Où cette autre fois où il était camouflé de barbe. Envahir le passé, car dans le présent je n'existe pas longtemps sans fuir. Être là où ses silences étaient miens, être l'angoisse que j'avais encore au bord des lèvres. Et dans l'instant ou mon seul désir était d'habiter sa bouche, une boule, ma boule d'angoisse c'est logé en moi, devenant plus grosse, plus le chemin parcouru était long. J'aurai voulu l'embrasser mais il n'aurait pas accepté. Pas par dégoût, mais parce que lui, il connaît le présent. J'aurai voulu habiter la nostalgie sans aucune retenue et ne rien devoir à personne, mais lui, il sait.
Pas moi. Pas toujours. Sa voix. Répétition en moi. Sa voix encore. Lui qui n'est pas aucun autre. Lui pour qui je ne serai jamais assez. Lui, pour qui j'ai cessé de me battre. Encore. Sa voix, salive, chevelure, peau, armure, douceur, folie : chaude. Et moi, qui regardait la vitre de ses lunettes en ne sachant pas si lui, ou pas. Encore. Et dès lors l'absence contre le mur de ma porte. L'absence avec un reste de frottement contre mon chandail. Encore. Hier soir, j'ai mangé sans y toucher un gros morceau de nostalgie avec un arrière goût d'angoisse.
Ponk- grattement dibutatif



